Croatoan

«Croatoan» …, Le dernier message propulsé dans l’histoire par des colons anglais en 16ème siècle.

Ainsi - la toute première colonie du Nouveau Monde choisit de renoncer à son contrat avec Prospero (Dee / Raleigh / l ‘Empire) et passer à l’Homme Sauvage avec Caliban. Ils se sont retirés. Ils sont devenus des «Indiens», ils sont retournés à l’état natif, ils ont opté pour le chaos au lieu des effroyables misères de la servitude, ainsi qu’aux ploutocrates et intellectuels de Londres. Extrait traduit de Hakim Bey – T.A.Z. (chapitre Parti pour Croatan).

 

Il s’agit de l’histoire de la première colonie anglaise arrivée sur le sol du nouveau continent. Le gouverneur John White a été rappelé de toute urgence en métropole et a donc été obligé de retraverser l’océan Atlantique, la guerre avec les espagnols faisant rage. Devenus marginaux et de plus en plus isolés du sol et de la couronne anglaise, ces colons perdus sur l’île de Roanoke en Caroline du Nord, ont mystérieusement disparu en laissant un dernier message «Croatoan» ou « parti pour Croatan ». Au  fur et à mesure du temps, on pense que les colons se sont assimilés à la population indigène, et quelques siècles plus tard, on a même parlé d’indigènes locaux aux yeux gris et bleu. Une  étude généalogique a été mise en place pour établir des liens génétiques entre les colons et les indigènes. Aujourd’hui encore, il existe une tribu de Native Americans qui réclame la descendance des Croatans. Ce dont on est certain, c’est que les peuples indigènes qui ont habité ces zones ont gravement souffert des épidémies récurrentes de la variole, ce qui nous laisse penser que les peuples des îles Roanoke ont cessé d’exister au 17ème siècle. Les peuples indigènes ont également été victimes de délocalisations, d’assimilations et de classifications ethniques arbitraires, menées par des gouvernances occidentales.

De nombreuses hypothèses tentent d’élucider le mystère de cette disparition soudaine. Hakim Bey dans son livre T.A.Z. (chapitre Parti Pour Croatan) soulève une possibilité nouvelle, une sorte de refus de la couronne et la gouvernance anglaise et de création d’une société autre, une société libérée des lois et des contraintes coloniales pour se rapprocher des tribus des indiens locaux.

Hakim Bey dans cet exemple voit une sorte de prototype de T.A.Z. (Zone d’Autonomie Temporaire), une des premières manifestations de société constituée en dehors des systèmes législatifs. Un autre exemple de l’époque cité par Bey : les boucaniers et leurs aménagements et approches démocratiques libertaires et sans esclavage.

Un canular historique raconte qu’une tribu locale hostile des îles de Roanoke aurait enlevé une femme de la colonie. Elle se serait évadée grâce au maniement magistral de l’escrime.

A l’époque, la population des colons de l’île de Roanoke était constituée de quatre-vingt-dix hommes, dix-sept femmes et onze enfants. Après son évasion du village indigène, où elle était tenue prisonnière avec d’autres colons, elle se retrouva au milieu de la guerre entre les Espagnols et les Britanniques. Elle déroba une énorme quantité d’or et un bateau à un certain capitaine espagnol et devint pirate. Son nom, Elizabeth Shirland. Si cette histoire est vraie, cette femme serait la/le pirate ayant dérobé le butin le plus conséquent dans l’histoire de la piraterie. Elizabeth Shirland a bien existé mais cette personne née le même jour, la même année, au même endroit et portant le même nom et prénom que la supposée pirate, n’a jamais mis les pieds sur un sol autre que celui de la Grande Bretagne. Elle est décédée en Ecosse après une vie plus ou moins tranquille et n’a jamais était une spécialiste en escrime.

Le chapitre Parti pour Croatan a inspiré un livre portant le titre, “Parti pour Croatan: l’Origine de la culture marginaliste Américaine”, de James Koehnline (enseignant et artiste) et Ron Sakolsky (enseignant et musicien). Tous les deux ont à plusieurs reprises collaborés avec Hakim Bey, notamment dans des émissions radio.

Cette exposition traite, dans un premier sens, de la disparition des individus ou des collectifs dans la perspective de la stratégie auto-choisie de l’exclusion de la société et leurs volontés de dissolutions dans l’inconnu. Ce qui est de l’ordre de l’inconnu est juste notre perspective sur le sujet, car les colons ont connu leur destin. En ayant nos points de vue sur le sujet aujourd’hui ce qui se produit devant nos yeux est un effet de “trou dans l’histoire” sur lequel nous pouvons imaginer ou redécouvrir des éventements historiques.    

Dans un deuxième sens cette proposition c/ouvre les champs de découverte à travers le son et le traitement de la notion de l’inconnu, quelque chose d’autre,  quelque chose à quoi nous n’avons pas l’accès immédiat. L’inconnu en tant que paysage, individu ou mythologie ou bien d’autres sphères de l’inconnu sont encore à explorer.

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