Plus d’histoires

Pour commencer je voudrais vous raconter l’histoire de comment j’ai débuté ma réflexion sur le sujet de cette exposition.

 

Alors, il était une fois une exposition…. « Plus d’Histoires »…

 

Ainsi, dès que j’ai pris connaissance de la possibilité de faire une exposition au Carré St Anne durant la période de Noël, une première association m’est venue à l’esprit : « A Christmas Carol » de Charles Dickens. Organiser une exposition clichée et illustrative de la temporalité des fêtes commerciales et religieuses, ne me paraissait pas stimulante. Ce qui m’intéressait vraiment était la notion du mot « Carol », dans le sens formel/narratif du terme.

 

Au Moyen-Âge les « Carols » ont été des formes d’histoires chantées souvent pour les fêtes religieuses, sans forcement être utilisées par la religion. Un certain esprit populaire était fort présent. Étymologiquement le mot provient du français Carole, forme de danse circulaire souvent accompagnée de chants. Je prends ce mot avec beaucoup de précautions, puisque ce n’était que le début de ma réflexion sur la thématique de cette exposition ; une sorte de moteur de recherche de sens et de possibilités.

 

La question posée fut alors la suivante : comment relier le chant et la danse ? Où est le point commun entre ces deux pratiques ? Ce qui définit un regroupement et une activité sociale est la parole, construite dans un style cohérent et convenable à l’évènement qui doit se produire. La trame suivante, prise dans ma réflexion associative fut la notion du storytelling. Ce système de pensée, (qui est un art en soi,) consiste en une transformation d’évènements en paroles, pour ensuite générer une narration qui dévie, d’une certaine manière, de l’évènement original, pour en générer un nouveau. La temporalité événementielle est altérée dans le sens où le sujet est déplacé dans le temps/espace pour ainsi devenir  un autre procédé, basé sur l’évènement original, mais qui propose une autre lecture.  Quand un storyteller raconte une histoire, il prend une information, la décortiquant en fonction du moment où il présente son histoire. Dans le processus créatif, l’artiste procède d’une manière semblable en prenant un sujet propre à sa démarche pour le transformer dans un discours plastique. 

 

Mon intérêt s’est donc porté sur la parole créatrice d’une histoire, qui engendre ensuite une pièce. Cette histoire est personnelle dans le sens où l’artiste devient le catalyseur de l’œuvre,  qui devient alors une histoire propre à soi-même. Pourquoi ne pas alors considérer l’artiste en tant qu’une histoire en soi, car c’est par son regard et son empirisme qu’il met la force génératrice en mouvement, en produisant une forme plastique. Je conçois l’artiste comme un initiateur  d’évènements et d’histoires, une sorte de storyteller plastique et sensible.

 

Le storytelling me parait un moyen pertinent de communication avec le public. Une histoire lance des hypothèses et des pistes de réflexion en ouvrant un espace de discussion. Le fait de raconter une histoire comporte une notion d’organisation, d’information et de quantité de celle-ci, que l’on peut comparer à une exposition. Ce raisonnement me permet de définir Plus d’Histoires comme une sorte d’ouvrage dans lequel les œuvres apparaissent telles des chapitres plastiques.

 

J’insiste sur l’autonomie des oeuvres, leurs dissemblances plastiques et conceptuelles, leurs aspects non linéaires. Mon intention vise la mise en espace d’une exposition sur la diversité et non pas sur une hégémonie forcée.

 

Plus d’histoires  m’est apparu comme une ambivalence assez bien placée, puisque ce titre engendre une ouverture sur la nature de la narration dans la pratique artistique. L’ambiguïté provient du questionnement contemporain sur la quantité et la nécessité de créer des histoires.

Ce titre est une invitation au débat et à la mise en perspective de la création contemporaine.

 

D’autre part il a été proposé aux artistes d’écrire une courte forme narrative s’inspirant de leur travail, sans illustrer l’oeuvre, mais au contraire en l’ouvrant vers d’autres lectures. Si l’artiste ne se trouve pas en position de développer une forme écrite, il lui sera proposé une rédaction de la part des commissaires. Les écrits deviendront ensuite une sorte de repère commun entre les œuvres, une création particulièrement faite pour cette exposition.  Il ne s’agit pas d’une instrumentalisation de l’artiste de la part du commissariat, mais plutôt une sorte d’atelier de corrélation sur la question de lecture des pièces. Je tente de définir par ce processus la capacité narrative des oeuvres proposées. Dans le cadre de cette exposition je voudrais mettre en évidence un triangle relationnel entre l’artiste, l’œuvre et l’écrit narratif.

 

L’oeuvre, une fois exposée, peut être considérée comme une histoire finie, mais reste  en même temps un conte inachevé.

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